TL;DR. Se relever après un échec fait intervenir plusieurs capacités : accueillir la déception, examiner les faits et préparer une tentative différente. Les recherches donnent des appuis pour travailler chacune d’elles, sans garantir la réussite suivante. Cette réflexion part de ce que j’aimerais transmettre à ma fille et se termine par un tutoriel pour s’exercer, demander de l’aide et décider quand poursuivre ou changer de direction.

Préparer une nouvelle tentative à partir de ce que la précédente a permis de comprendre.
Parmi les choses que j’aimerais transmettre à ma fille, il y a la capacité à se relever après un échec. Pouvoir traverser la déception, comprendre ses erreurs et retrouver une manière d’avancer me semble utile dans beaucoup de situations de la vie.
Je suis parti de ma propre expérience, puis j’ai voulu aller plus loin. J’ai cherché ce que les recherches scientifiques, les livres et les récits de vie permettaient de comprendre de cette capacité. Comment s’apprend-elle ? Qu’est-ce qui aide à reprendre ? Et comment distinguer la persévérance d’une répétition qui nous épuise ?
Cet article est une réflexion sur ce que je retiens de ce travail. J’y rassemble des idées que j’aimerais pouvoir transmettre, avec, à la fin, une façon concrète de les mettre en pratique.
Sommaire
- Que veut dire se relever ?
- Comment regarder ses erreurs sans se condamner ?
- À quel moment la réflexion devient-elle utile ?
- Que peut-on apprendre des parcours de Darwin et de Tu Youyou ?
- Comment préparer une tentative différente ?
- Quand faut-il changer de direction ?
- Ce que j’aimerais transmettre
- Tutoriel : préparer sa reprise après un échec
- Quelques lectures pour approfondir
Que veut dire se relever ?
On peut recommencer à travailler sur un projet alors que la déception est encore présente. On peut aussi se sentir mieux sans avoir compris pourquoi la première tentative a échoué. La récupération émotionnelle, la reprise de l’action et l’apprentissage avancent parfois à des rythmes différents.
Cette distinction m’intéresse parce qu’elle laisse de la place à des reprises imparfaites. Attendre d’avoir retrouvé toute sa confiance peut retarder un geste pourtant accessible. À l’inverse, reprendre très vite ne suffit pas à montrer que l’on a récupéré ou appris quelque chose.
Il y a également une différence entre apprendre de son échec et réussir la fois suivante. Une préparation peut progresser sans que le résultat attendu arrive immédiatement. Certaines circonstances restent incertaines, certaines décisions appartiennent à d’autres, et les moyens disponibles comptent.
Les travaux sur la résilience la décrivent comme un processus qui dépend aussi des relations et de l’environnement. Avoir quelqu’un à qui parler, du temps pour récupérer ou une marge financière change les possibilités de reprise. Ces conditions font partie de l’explication, au même titre que les efforts individuels. Southwick, Charney et DePierro, Resilience, 2023, extrait du premier chapitre.
Pour moi, apprendre à se relever comprend donc aussi la capacité à reconnaître ce dont on a besoin. Demander un retour précis ou chercher un soutien matériel peut être la prochaine étape la plus utile.
Comment regarder ses erreurs sans se condamner ?
« J’ai raté cette présentation » décrit un événement. « Je suis incapable de parler en public » en tire une conclusion beaucoup plus large. Entre les deux, les informations sur ce qui s’est passé peuvent disparaître : le temps de préparation, le plan, les questions du public, les passages qui fonctionnaient.
L’autocompassion, telle qu’elle est étudiée en psychologie, consiste notamment à aborder sa difficulté avec moins d’hostilité envers soi-même. Cela peut sembler éloigné de l’exigence. Pourtant, une série de quatre expériences de Juliana Breines et Serena Chen suggère que cette attitude peut favoriser la motivation à s’améliorer.
Dans l’une d’elles, après une difficulté à un test, les participants invités à adopter une attitude compatissante envers eux-mêmes passent davantage de temps à réviser que ceux du groupe sans intervention. Leur note suivante ne s’améliore pas de façon démontrée. Le résultat porte ici sur un effort de préparation, ce qui est déjà une information utile, à condition de garder cette distinction. Breines et Chen, 2012.
J’en retiens la possibilité d’une exigence plus précise. On peut reconnaître une erreur, en assumer les conséquences et travailler dessus sans en faire une définition de sa personne. Une phrase comme « je suis déçu de ce résultat, et je peux examiner ce qui y a conduit » laisse cette possibilité ouverte.
Cela ne demande pas de se convaincre que tout va bien. La déception a sa place. L’enjeu est de retrouver assez de disponibilité pour observer ce qui peut être corrigé.
À quel moment la réflexion devient-elle utile ?
Après un revers, revenir sur l’événement peut aider à comprendre. On peut aussi y revenir longtemps en retrouvant chaque fois les mêmes accusations. Le temps passé à penser n’indique donc pas, à lui seul, que l’analyse avance.
Les travaux d’Edward Watkins distinguent différentes formes de pensée répétitive. Leur effet dépend notamment du contexte et du niveau auquel on réfléchit. Une réflexion concrète sur le déroulement d’une situation peut être plus utile qu’une évaluation générale de soi. Cela ne rend pas toute question commençant par « pourquoi » mauvaise ; cela invite à regarder ce que cette question permet effectivement de préciser. Watkins, 2008.
Dans l’exemple de la présentation, « pourquoi suis-je aussi mauvais ? » laisse peu de prises. « À quel moment ai-je perdu le fil ? » permet de retrouver un passage. On peut ensuite regarder si le plan était trop chargé, si une question a interrompu le raisonnement ou si l’on avait surtout répété en lisant ses notes.
Cette démarche rejoint celle du débriefing : comparer ce qui était prévu à ce qui s’est produit, puis décider d’une adaptation. Une méta-analyse portant sur 61 études trouve des bénéfices des débriefings sur les critères de formation étudiés. Les observations objectives et l’adaptation du débriefing au travail réalisé comptent dans ces résultats. Keiser et Arthur, 2021.
C’est aussi un enjeu de la façon dont on organise l’apprentissage : disposer d’une occasion de pratiquer, puis d’un retour qui permette de modifier quelque chose. « Manquer de confiance » est parfois une description de ce que l’on ressent. Il reste à identifier ce qui aiderait concrètement à mieux faire la prochaine fois.
Que peut-on apprendre des parcours de Darwin et de Tu Youyou ?
Les biographies permettent de voir comment des personnes ont travaillé avec l’incertitude. Leur intérêt, pour cette question, tient aux gestes qu’elles rendent visibles. Une vie couronnée de succès ne prouve pas que la même méthode aurait produit le même résultat pour chacun.
Dans son autobiographie, Charles Darwin explique qu’il consignait les faits et les observations qui contredisaient ses idées. Il avait remarqué qu’il les oubliait plus facilement que ceux qui lui étaient favorables. Ce détail me paraît particulièrement utile après un échec : conserver aussi les informations qui pourraient obliger à revoir son explication. Darwin, autobiographie publiée en 1887.
Si j’explique une présentation difficile uniquement par un public peu réceptif, je peux manquer un problème de clarté. Si je l’explique uniquement par mon incapacité, je peux manquer le fait que certaines personnes ont très bien compris. Noter les éléments qui dérangent ma première version permet de garder plusieurs explications en jeu.
Tu Youyou décrit un autre geste dans son récit autobiographique pour le prix Nobel. Les premiers extraits d’armoise testés contre le paludisme donnaient des résultats variables. Un texte ancien a contribué à orienter son attention vers les conditions d’extraction, notamment la température. Son équipe a modifié les procédés et poursuivi les essais. Tu Youyou, autobiographie Nobel, 2015.
Le texte ancien a fourni une piste ; les expériences ont servi à l’évaluer. Ce parcours fait apparaître un travail collectif, des choix techniques et des changements de méthode. La persévérance prend ici une forme très concrète : chercher ce qui, dans la tentative précédente, mérite d’être modifié.
Ces récits m’aident à formuler une question plus utile que « ai-je assez insisté ? » : qu’est-ce que le prochain essai permettra de comprendre que le précédent n’a pas éclairé ?
Comment préparer une tentative différente ?
Amy Edmondson propose de reconnaître les échecs qui peuvent réellement instruire une exploration. Elle décrit notamment un terrain nouveau, un but qui mérite l’essai, une hypothèse informée et une expérience aussi limitée que possible pour apprendre ce qui est nécessaire. C’est un cadre de réflexion issu de ses travaux sur les organisations. Edmondson, entretien à Harvard Business School.
Appliqué à une situation ordinaire, cela conduit à réduire la taille de la prochaine tentative. Avant de refaire une présentation entière, on peut essayer son introduction devant une personne et lui demander de reformuler l’idée principale. Le retour devient plus facile à interpréter, et l’essai coûte moins de temps.
Le choix du changement compte autant que sa taille. Si l’on modifie le sujet, le plan et la manière de s’entraîner en même temps, une amélioration restera difficile à expliquer. Quand c’est possible, isoler un changement aide à savoir ce qui a servi.
La recherche sur l’entraînement à la gestion des erreurs apporte un appui complémentaire. Une méta-analyse de 24 études trouve des bénéfices à des formations qui permettent d’explorer, de commettre des erreurs et d’apprendre à les gérer. Ces résultats concernent des situations d’entraînement organisées pour cela, avec des erreurs dont les conséquences sont maîtrisées. Keith et Frese, 2008.
Il reste ensuite à commencer. Une intention comme « je vais mieux me préparer » laisse beaucoup de décisions à prendre au moment d’agir. Un plan peut préciser l’obstacle attendu et la réponse : « Si j’ai envie de repousser l’entraînement parce que je crains le résultat, alors je répète uniquement l’introduction, à l’heure prévue. »
Les recherches sur l’association d’un objectif souhaité, d’un obstacle concret et d’un plan « si… alors… » trouvent un effet moyen favorable sur l’atteinte des objectifs. Cet effet reste modeste et varie selon les situations. Le plan aide à organiser l’action ; il ne remplace pas les moyens nécessaires pour la réaliser. Wang et al., méta-analyse de 2021.
On retrouve cette attention au passage de l’intention au geste dans ma réflexion sur Pokémon et la santé : rendre une action accessible, prévoir son retour dans le quotidien et permettre de voir ce qui progresse.
Quand faut-il changer de direction ?
La capacité à reprendre comprend une décision parfois difficile : déterminer ce que l’on souhaite encore poursuivre. Un objectif peut garder son sens alors que la méthode mérite de changer. Il peut aussi perdre son importance ou demander des ressources que l’on préfère consacrer ailleurs.
Les recherches sur l’ajustement des objectifs distinguent plusieurs mouvements : se détacher d’un but devenu inaccessible, se réengager ailleurs, ou rester flexible dans la façon d’avancer. Une vaste méta-analyse publiée en 2025 étudie leurs liens avec le bien-être et le fonctionnement des personnes. Une grande partie des données reste associative ; elle ne fournit pas une règle universelle pour choisir le moment d’arrêter. Riddell et al., 2025.
Pour prendre cette décision, je trouve utile de séparer la valeur du but de l’attachement à la tentative déjà engagée. Apprendre à transmettre une idée peut rester important, même si l’on choisit un autre format que la prise de parole en public. À l’inverse, une nouvelle présentation peut être un essai raisonnable si un retour précis a permis de préparer un changement.
Des critères posés avant de recommencer rendent la décision plus lisible : le temps que l’on accepte d’y consacrer, l’aide accessible, ce que l’on espère observer et les informations qui conduiraient à réviser le projet. Une pause peut alors avoir une raison et une condition de reprise.
Ce que j’aimerais transmettre
Je reviens à ma fille avec une idée plus précise de ce que j’aimerais lui transmettre. Pouvoir dire qu’une tentative a été difficile. Trouver quelqu’un avec qui la regarder. Comprendre qu’une erreur peut être examinée sans que toute la personne soit mise en cause.
J’aimerais aussi lui transmettre la liberté de changer de méthode, et la possibilité de demander de l’aide avant de savoir exactement comment repartir. Dans cette réflexion, la confiance ressemble à quelque chose que l’on peut reconstruire en avançant, avec des appuis et des occasions d’apprendre.
Les études citées portent largement sur des adultes ou sur des tâches particulières. Ce que j’en retiens pour la transmission à mon enfant relève de mon choix de parent ; ce n’est pas un programme éducatif validé. Le tutoriel qui suit s’adresse à une personne qui souhaite travailler cette capacité pour elle-même, à partir d’une situation concrète.
Tutoriel : préparer sa reprise après un échec
Cette trame rassemble les idées précédentes. Elle n’a pas été testée comme un protocole complet. Pour l’essayer, choisir un revers dont les conséquences restent gérables : une présentation décevante, un examen raté, une démarche restée sans réponse. Les durées et le rythme sont à adapter à la situation.
1. Retrouver assez de disponibilité pour examiner les faits
Commencer par nommer ce que l’événement fait ressentir et ce qui aiderait à le regarder. Cela peut être une conversation, du repos ou un moment prévu pour y revenir. L’objectif est de pouvoir examiner la situation avec un peu de recul, même si la déception reste présente.
Une formulation possible : « Ce résultat me déçoit. Je pourrai mieux le comprendre après avoir pris du repos et demandé un retour. »
2. Décrire un événement précis
Écrire ce qui était attendu, ce qui s’est produit et les traces disponibles. Mettre à part les conclusions générales sur soi, puis conserver aussi ce qui a fonctionné.
Dans notre exemple fictif : « Je voulais présenter une idée en dix minutes. J’en ai utilisé quinze. Mon interlocuteur a compris le problème, mais n’a pas identifié ma proposition. » Cette description donne des points à examiner.
3. Chercher des explications que l’on peut vérifier
Reconstituer brièvement le déroulement et écrire deux explications plausibles. Distinguer ce qui dépendait de sa préparation, ce qui dépendait du contexte et ce qui reste inconnu. Pour chaque explication, noter ce qui pourrait la confirmer ou la remettre en question.
Exemple : « Ma proposition arrive trop tard dans le plan » et « Je suppose connus des termes qui ne le sont pas ». Demander ensuite un retour précis : « À quel moment la proposition est-elle devenue claire ? Quels mots auraient eu besoin d’être expliqués ? »
4. Choisir un essai limité et obtenir l’aide nécessaire
Décider d’une modification principale et d’une observation utile. Vérifier que les moyens sont disponibles : une personne pour donner un retour, un créneau, du matériel ou un apprentissage complémentaire.
Exemple : présenter la proposition dès le début, puis faire écouter cette introduction à une personne qui ne connaît pas le projet. Lui demander de reformuler ce qu’elle a compris, sans compléter sa réponse à sa place. Limiter l’essai à ce passage permet de travailler la clarté avant de refaire l’ensemble.
5. Préparer le démarrage et la décision suivante
Fixer un moment réaliste et écrire un plan « si… alors… » pour l’obstacle le plus probable. Choisir aussi à l’avance ce qui conduira à poursuivre, modifier ou suspendre l’essai.
Exemple : « Mercredi, après le déjeuner, je répète l’introduction. Si je commence à réécrire toute la présentation pour repousser ce moment, alors je reviens à ce passage et je l’enregistre. » Si la proposition est comprise, on pourra travailler la durée totale. Si elle reste floue, on examinera le vocabulaire avec la personne sollicitée.
6. Revenir sur ce que l’essai a appris
Après la tentative, comparer l’observation à ce qui était attendu. Une amélioration peut concerner un élément précis alors que le résultat global reste insatisfaisant. Une absence d’amélioration peut conduire à tester la seconde explication ou à demander un autre regard.
Pour apprendre cette compétence dans la durée, reprendre la même démarche sur d’autres situations gérables. Observer si l’analyse devient plus précise, si l’aide demandée devient plus utile et si les tentatives suivantes changent réellement. Aucun nombre de jours ne garantit l’acquisition de cette capacité.
La fiche récapitulative à conserver
| À compléter | Exemple fictif |
|---|---|
| Ce qui s’est passé | Présentation trop longue ; proposition peu comprise. |
| Ce que je ressens et ce qui m’aiderait | Déception ; besoin de repos et d’un retour précis. |
| Ce qui a fonctionné | Le problème de départ a été compris. |
| Mes explications à vérifier | Proposition trop tardive ; vocabulaire peu accessible. |
| Le prochain essai | Présenter la proposition dès l’introduction. |
| L’appui nécessaire | Une personne qui ne connaît pas le projet. |
| Mon plan face à l’obstacle | Si je repousse en réécrivant tout, enregistrer seulement l’introduction. |
| L’observation et la décision suivante | Si la proposition est comprise, travailler la durée ; sinon, examiner les mots employés. |
La fiche peut rester courte. Elle sert à garder une trace assez claire pour reprendre le travail, y compris lorsque la confiance revient plus lentement.
Quelques lectures pour approfondir
Les articles scientifiques et les récits originaux utilisés sont liés au fil du texte. Pour prolonger la réflexion par des livres, trois entrées complémentaires :
- Amy Edmondson, L’art de choisir ses erreurs, pour distinguer les situations d’échec et concevoir des essais qui apprennent quelque chose.
- Kristin Neff et Christopher Germer, Mon cahier d’autocompassion en pleine conscience, pour des exercices sur la manière de s’accompagner dans les difficultés.
- Katalin Karikó, Ne jamais renoncer, pour un parcours autobiographique de recherche, avec ses revers et ses collaborations.
Les notices et les éléments accessibles de ces ouvrages ont été vérifiés lors de la recherche ; ces trois livres n’ont pas été lus intégralement pour cet article. Les récits de vie apportent des situations à penser, tandis que les études permettent d’examiner plus précisément les effets de certaines pratiques.